Antoine Wiertz, par l’entrée des artistes

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Le Bouton de Rose. Musée Antoine Wiertz.

Si André Breton aimait donner rendez-vous au musée Gustave Moreau, ce n’était pas seulement pour la qualité des lieux mais aussi pour leur quiétude. Il pourrait aujourd’hui retrouver ce même calme au musée Antoine Wiertz à Bruxelles…

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Si ce musée existe c’est qu’il résulte d’un accord étonnant entre l’artiste et le gouvernement de l’époque. A. Wiertz veut un lieu à la démesure de ses ambitions. Reconnu de son vivant par les institutions, Prix de Rome aidant, il négocie. Il propose d’offrir sa production  à l’Etat en échange d’un vaste espace où il peut se donner à voir, et se faire voir, en grand. Pour exemple son tableau Révolte des enfers se compose d’une toile de 90 mètres carrés. Wiertz voit grand, insondable producteur de théories paradoxales, organisateur de concours essoufflés, il est aussi revanchard d’une France qui ne reconnait pas son talent. Lui qui avait offert à Paris ses temps de bohème du côté de la rue Amelot ne pardonne pas aux Français de le bouder. Certains le lui rendent bien  :

« cet infâme puffiste qu’on nomme Wiertz, passion des touristes anglais
[…]
Wiertz. Charlatan. Idiot, voleur
croit qu’il a une destinée à accomplir
[…]
En somme, ce charlatan a su faire des affaires.
Mais qu’est-ce que Bruxelles fera de tout cela après sa mort ? »
Charles Baudelaire, Pauvre Belgique. 1864.

Wiertz est un peintre de la démesure, particulièrement dans ses thèmes mythologiques. Et pas forcément un exemple d’humilité :

Ici, l’aspect est si nouveau, si imprévu, si original que le spectateur étonné s’arrête comme malgré lui.
Antoine Wiertz.

Le temps ne change rien: aujourd’hui encore, comme à l’époque, Wiertz séduit principalement un public anglo-saxon.

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Deux anglais me prennent pour monsieur Wiertz.
Charles Baudelaire, Pauvre Belgique, 1864.

Peu d’articles, la plupart des commentaires restent lacunaires ou distants. Par exemple Marcel Brion dénonce une conception erronée du Romantisme :

Il existe d’autres moyens encore, plus exceptionnels et moins honnêtes, de fanatisation romantique: les artifices forains inventés par Antoine Wiertz pour présenter avec des jeux d’optique ingénieux ses compositions macabres.
Marcel Brion, Les peintres en leur temps, Philippe Lebaud, 1994.

Pourtant d’après Hubert Colleye , Wiertz ne s’est jamais voulu romantique. Il se place volontiers dans la lignée de Rubens.

Finalement, Wiertz échappe à tout, sans doute à lui-même aussi.
S’il vise la reconnaissance par la thématique mythologique qui offre aux peintres classiques la possibilité de briller par l’érudition, c’est surtout à travers la peinture de genre qu’il se distingue.
On peut donc aussi visiter ce peintre par cette petite porte. L’entrée des artistes. Là où sa prétention et la démesure de ses toiles ne parviennent pas à trouver leur place. L’atelier révèle un travail précis, le regard minutieux, sensible sur le monde et ses injustices. Son réalisme vient relever la folie et se révèle dans les fantasmes de l’imaginaire. Il se joue de l’effroi : « l’invention doit frapper d’abord ». Il aborde la folie, la faim, l’injustice sociale.
Ses scènes de genre ont un décalage intemporel, il frôle le fantastique et sait se jouer de l’angoisse.

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L’inhumation précipitée. 1854. 160 x 235. Bruxelles

Il dénoncera la peine de mort, idée qui le rapprochera de Victor Hugo. On retrouvera encore une proximité avec Hugo dans des illustrations donnant une  image faussée du Moyen-Âge comme dans Notre-Dame de Paris. Et une nouvelle pointe de Baudelaire :
 » Wiertz partage la sottise avec Doré et Hugo »…

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La liseuse de romans. 1853. 125 x 157. Bruxelles.

Wiertz est touchant comme un perdant héroïque, il s’efface là où il rêvait de briller et reste brillant dans l’obscurité de l’oubli.
Il se veut aussi en avance sur la technique, il défend son procédé innovant de peinture mate afin que la Belgique devance l’Allemagne dans ce domaine. On ne lui fait pas confiance. Aujourd’hui ses toiles peintes avec ce procédé se grisent, disparaissent.
On suppose même que sa mort peut être successive à un empoisonnement progressif lié aux produits utilisés pour ses recherches.

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La belle Rosine. 1847. 140 x 100. Bruxelles, musée Wiertz.

Si ce « toqué belge » comme le surnommait Huysmans reste relativement méconnu malgré ses efforts,  il a marqué l’imagerie picturale de ses nombreuses toiles. Son nom bien souvent oublié laisse place à des images persistantes, presque des symboles. Je pense à cette interprétation de la jeune fille et la mort ouvrant sur la fenêtre bien plus ouverte d’un autre peintre belge qui s’en inspirera sans doute : Paul Delvaux.
Il y a beaucoup à voir à Bruxelles. Et si par un détour…

Les hommes sont fous ou sont bien près de l’être.
Antoine Wiertz.

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Faim, folie, crime. 1853. Toile. 150 x 165. Bruxelles, musée Wiertz.

 

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Antoine Wiertz par Hubert Colleye, ancien conservateur du musée Wiertz.. Un des rares documents sur l’artiste. 1957.

 

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